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Cauchemar gare du Luxembourg


Oscar saute de sa poussette et enjambe la rivière d’un pas-de-géant. Il court et ses membres grandissent à vue d’œil, le pantalon d’abord flottant s’ajuste, élégant. Ses cheveux virent au roux. Un badge lui sort de la gorge. Edouard ! C’est lui : l’Eurocrate, le joli fantôme de mes nuits solitaires !

Il court

Il disparaît derrière la colline. Je l’entends crier. Il m’appelle ! Je voudrais bouger, mais je suis comme paralysée. Enfin mon bras droit remue et, oh douleur, va s’écraser contre le mur de ma chambre à coucher. Oscar ne crie plus, il babille, heureux de ce nouveau matin à Etterbeek.

Enfin rassasiés, lavés et habillés, nous partons pour une promenade au parc Léopold. Oscar, très impatient de retrouver les canards, balance son torse d’avant en arrière tel un cow-boy pressant son cheval. Mon cauchemar me tient éveillée, je suis aux aguets : je veux revoir Edouard, je veux qu’il me dise pourquoi il est parti si vite.

Autour de l’étang, des mangeurs de frites rayonnent de bonheur à l’ombre des grues du rond-point Schuman. Oscar cueille des brins d’herbe et les envoie flotter sur l’étang. Une légère brise les secoue doucement. Nous entamons la pente à pic vers le musée des sciences naturelles, pour prendre le goûter au bord de « la rivière ». Le clapotis me ramène encore à mon songe. Peut-être devrais-je tenter une analyse junguienne plutôt que d’y voir un présage de retrouvailles avec un illustre inconnu, un homme croisé sur un quai, que j’ai surnommé Edouard, pour le faire vivre un peu plus.

En haut de la colline, nous nous reposons quelques minutes face à un match de foot en anglais. Nous voici bientôt rue Wiertz, cernés par les façades miroirs du Parlement. Je suis prise de frissons : le soleil a disparu, le vent souffle. Des camionnettes de police bordent la rue. Mais n’est-ce pas lui là-bas ? Je presse le pas pour gravir un zigzag interminable, prévu pour les véhicules à roulettes, en marge des escaliers.

L’homme tourne le coin, je cours à sa suite sur le béton interminable du mail, je voudrais l’appeler, mais je ne connais pas son véritable prénom. C’est l’heure de midi et des flots de gens austères se déversent des bâtiments. Je l’aperçois qui descend vers la gare après s’être faufilé entre deux barrières de fils barbelés (juste à la hauteur de la tête d’Oscar, va falloir bien viser). J’empoigne la poussette et dévale les escaliers. J’ai à peine le temps de voir la rousse tignasse descendre quai numéro 5. Je n’en peux plus. Il n’y a toujours pas d’escalator. Le temps de prendre l’ascenseur, le train Bruxelles-Luxembourg disparaît au bout du quai. Dépitée, je dirige la poussette pour sortir de la gare.

Place du Luxembourg, une grosse centaine de personnes (il y a entre autres des représentants du VNV-AVVK) manifestent contre « l’islamisation de la société ». Oscar et moi observons, perplexes et peu rassurés (comme des Tchétchènes face à une manif de skinhead moscovites), cette manifestation... cauchemardesque.

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Publié le mercredi 23 janvier 2008

Par
Ariane
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Vie du quartier européen Fonctionnaires européens Gare du Luxembourg Mail du Parlement européen