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Le complexe belge de Nicolas Crousse ...

Sujet de discussion ouvert à tout un chacun

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Ulysse écrit :

BELGIQUE {JPEG}JPEGJPEGSouvent, Thésée, Ariane et Ulysse font référence à un ouvrage édité aux éditions Anabet, s’intitulant le "Complexe belge".

Nous publierons le texte intégral suivant un découpage bien défini, et nous vous convions à émettre vos avis, opinions, accords ou désaccords.

La Belgique est une interrogation perpétuelle ou en perpétuelle interrogation sur son passé, son présent . Quant à son avenir, Vous en déciderez à votre guise dans

....... décompte J - 245

.

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N. Crousse écrit :

Le Complexe Belge - Extrait 1

Le petit complexe illustré

Les Belges poussent, ma parole !
L’imitation à l’excès,
Et s’ils attrapent la vérole,
C’est pour ressembler aux Français.
Baudelaire, « Pauvre Belgique »

Je me souviens. La Belgique faisait encore ses dents. Elle avait trente-quatre ans, sortait de sa
province, jouait les bourgeoises, toisait Paris. Lorsque, enfer et damnation, un fâcheux répondant au nom de Charles Baudelaire lâcha sur elle les fauves de son imagination. Mal reçu en Belgique, où il tentait en 1864 de trouver un peu de bienveillance après s’être mis à dos ceux de son pays, Baudelaire décida de transformer son sentiment d’humiliation et d’échec personnel en diatribe proprement raciste, avec une haine pure que n’eût pas reniée un Louis-Ferdinand Céline des mauvais jours. Je me souviens de ces dizaines de pages, animées par une rage vipérine, comparant le Belge, être inférieur et colonisable, à un « singe », un « mollusque » ou « un voleur syphilisé », qui « parle un français ridicule ». Stigmatisant « la puanteur des femmes ». Raillant le règne du néant, de la conformité et de la mesquinerie. Crachant sur les « ordures des anciens peintres flamands ». Ou sur ces statues nationales rebaptisées « le pisseur et le vomisseur ». Ce morpion belge, « il est facile de l’opprimer, comme l’histoire le constate ; il est presque impossible de l’écraser ».

Je me souviens m’être dit qu’une telle haine ne pouvait être que de la passion refoulée. Qu’une alternative à l’affection. Que le côté face d’une pièce amoureuse vraisemblablement complexe. Et qu’entre le Belge, ce petit furet indompté, et le Français, ce chasseur bruyant de trophées, jamais il n’en irait tout à fait autrement. Ce serait à l’amour, à la haine. Au je t’aime, moi non plus. Après le cuisant échec de son exil, Baudelaire regagnera finalement ses pénates, penaud, sur une demi-réconciliation avec ses frères de France. À qui il dédie cette vacherie : « Comme Joubert remerciait Dieu de l’avoir fait homme et non femme, vous le remercierez de vous avoir fait, non pas Belge, mais Français. »

Je me souviens. C’était quelques années plus tôt, en 1859. Léopold Ier, prince allemand promu roi des Belges à la création du pays, cédait à la déprime. Et concédait, cafardeux mais réaliste : « La Belgique n’a pas de nationalité et, vu le caractère de ses habitants, ne pourra jamais en avoir. »

Je me souviens qu’à la mort de son père, Léopold II eut le rêve napoléonien de guérir le sentiment d’étroitesse et d’infériorité de la lilliputienne Belgique en la dotant d’un empire démesuré. À la fin du XIXe siècle, le rêve était concrétisé, et la Belgique à la tête du gigantesque
Congo, une mine d’or et de diamants. L’appétit vient en mangeant. Tandis que sur le continent africain la Belgique s’invente une mythologie à coups de travaux forcés et de mains coupées, à l’intérieur des frontières le gigantisme prend soudainement Bruxelles, jusque-là ville de province, et entend la transformer via des chantiers babyloniens (le Palais de Justice, la Cinquantenaire, la Bourse…) en Dame qu’il faudra désormais respecter. Je me souviens qu’à l’heure du bilan venue, lors de ses funérailles en 1909, le roi-bâtisseur fut accueilli par des huées. Où voulait-il en venir, à la fin, ce long germain, avec ses obsessions de grandeur résonnant comme une insulte à la singularité du Belge ? Sans doute pensait-il, en toute bonne foi, arriver à exorciser par la volonté de puissance les souvenirs et traumatismes de ce territoire si souvent violé. Il se trompait, et le Belge était-il sans doute plus complexe que ses prétendus complexes d’infériorité.

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... Vous commettez l’innommable en comparant Baudelaire à Céline Il n’a jamais été question pour Baudelaire de rayer le Belge de la race humaine ....

Le complexe belge © 2007, Anabet éditions, 120 boulevard Malesherbes, 75017 Paris

À propos de cet article

Publié le dimanche 5 octobre 2008

Par
Ulysse
Dans
Le complexe belge - Petite psychanalyse d’un apatride - Nicolas Crousse
Lu à
4146 reprises
Mots clés:
Identités : belges, européennes, africaines, ... Politique belge

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