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Notre Dame des Landes, la lutte contre le projet d’aéroport

1/2 - Des années 60 aux années 2000, fluctuations du projet, devenir de la lutte

En France, le projet d’aéroport sur le site de Notre Dame des Landes alimente la controverse depuis des décennies. Il fait à nouveau parler de lui.

Le 16 janvier dernier, Vinci, futur concessionnaire du site annonce avec assurance, le lancement des travaux durant l’année 2014. Confiant, il projette la mise en service de l’aéroport du Grand Ouest pour 2019 au plus tard.
Le 3 février, les associations opposées au projet ont déposé plusieurs recours concernant les arrêtés préfectoraux portant sur la reprise des travaux. Ils jugent insuffisantes, les mesures compensatoires relatives à l’impact environnemental.
À un mois des élections municipales, les opposants au projet restent résolus, appuyés par de nombreux comités de soutien, ils invitent à un grand rassemblement "joyeux, déterminé, intergénérationnel et populaire", à Nantes le samedi 22 février 2014.

Nous vous proposons deux articles qui reviennent sur cette lutte vieille de 40 ans et qui n’a pas perdu de sa vigueur.

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DES ANNÉES 60 AUX ANNÉES 2000, FLUCTUATIONS DU PROJET, DEVENIR DE LA LUTTE

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Années 60

Notre Dame des Landes intercontinentales

Le projet d’aéroport émerge dans la France des trente glorieuses. Dans ce contexte économique florissant et optimiste, c’est l’équipement qui crée l’usage, et l’État envisage un aéroport intercontinental permettant d’accueillir le Concorde et de désengorger les pistes d’Orly.
Favorisée par une politique d’équilibre du territoire français, Nantes, préfecture du département de Loire Atlantique se porte candidate et c’est en 1967 que la zone bocagère de Notre Dame des Landes est retenue pour le projet.

Peut-être, mais pas ici

À cette époque, la résistance au projet est très localisée, elle mobilise les agriculteurs dont les terres sont directement menacées. Ces exploitants agricoles défendent avant tout leur outil de travail et ne remettent pas encore en cause le projet d’aéroport en lui-même. Le territoire est alors défendu pour sa valeur d’exploitation.

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Des années 70 aux années 90

L’émergence des luttes écologistes

Durant ces décennies, le mouvement de résistance au projet se politise et les enjeux environnementaux deviennent prédominants.

Au cours des années 70, on voit fleurir en France, des luttes paysannes similaires qui se développent autour de sites agricoles menacés par des projets industriels ou militaires, des liens forts se tissent entre autres avec les paysans en lutte du Larzac.
Les paysans constituent l’ADECA, Association de Défense des Exploitants Concernés par l’Aéroport.

Dans les années 80, apparaît également, la confédération paysanne, qui encourage une agriculture de qualité liée au sol, respectueuse de l’environnement et soucieuse de la rémunération du travail paysan. À l’échelle locale, la résistance populaire aux projets de centrales nucléaires à Plogoff en Bretagne et au Carnet dans l’estuaire de la Loire, seront des victoires qui assoieront pour longtemps la conviction de possibles retournements devant le programme d’aménagement du territoire et la puissance de la contestation du peuple face à l’État.

La remise aux cartons du projet

Le projet suit très lentement son cours. En 1974, un arrêté préfectoral décrète « Zone d’Aménagement Différé » (ZAD) les 1.225 hectares du futur site de l’aéroport, instaurant un droit de préemption qui permettra de constituer une réserve foncière. À partir de cette date, subissant un gel foncier, le bocage ne connaitra plus de développement de ses activités rurales.
Parallèlement, le choc pétrolier et l’échec financier du Concorde viennent remettre en question l’ambition du projet qui retourne doucement dans ses cartons.

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Années 2000-2010

L’aéroport redécolle, la lutte s’étend, la parole du projet se resserre

En 1999, le schéma directeur d’aménagement du territoire dirigé par la ministre écologiste Dominique Voynet présage une saturation de l’aéroport actuel de Nantes-Atlantique. Prévision qui s’avère actuellement fausse, puisque l’aéroport n’a toujours pas atteint sa capacité maximale.

Depuis les années 90, pris dans une politique d’expansion et de mise en concurrence des régions qui lui passe au-dessus de la tête, le tranquille bocage de NDDL vivra maintenant sous l’emprise politique ambitieuse de la métropole nantaise, dirigée par Jean-Marc Ayrault.

En 2000, le ministre des Transports et de l’Équipement réamorce le projet et la procédure est lancée par le gouvernement Jospin, visant l’ouverture de l’aéroport du Grand Ouest, pour 2007.

Durant ces années de consultation, de phases d’étude et d’enquêtes publiques, les oppositions au projet ne cessent d’augmenter, mais l’appareil démocratique fait la sourde oreille. En 2008, contre toute attente, le décret d’utilité publique paraît au Journal officiel.

Face au désaccord grandissant de l’opinion publique et à la globalisation de la lutte, les arguments en faveur du projet d’aéroport se restreignent de plus en plus à une problématique locale, en rapport direct avec l’aéroport actuel de Nantes Atlantique. Le discours évolue vers l’insécurité du survol de l’agglomération, le désagrément sonore pour les Nantais et la soi-disant saturation de Nantes Atlantique.

En 2000, les riverains créent l’ACIPA (Association Citoyenne Intercommunale des Populations concernées par le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes) élargissant ainsi la lutte des paysans aux habitants dans le but de provoquer le débat public.

Vers la fin des années 2000, la résistance va prendre d’autres dimensions.
En 2009, le premier camp action climat [1] français qui vise à attirer l’attention sur le changement climatique et à faire converger des luttes environnementales, se déroule sur le site du futur aéroport. Il en résultera la mise en place d’actions d’occupation sur les terrains expulsables et l’installation des premières cabanes sur le bocage. Tout en nourrissant cette résistance d’une réappropriation spontanée et collective du territoire, ces nouveaux occupants surnommés les « zadistes », apportent une autre approche critique, notamment en condamnant frontalement la politique de métropolisation [2] menée par le maire nantais Jean-Marc Ayrault.
Des élus locaux opposés au projet créent la CEDPA (Collectif d’Élus Doutant de la Pertinence de l’Aéroport).
Un collectif de pilotes de ligne rejoint également la résistance en apportant leur connaissance technique liées à la profession.

S’engage alors une longue bataille juridique. La coordination des opposants au projet qui regroupe une quarantaine d’associations et de partis politiques déposera de multiples recours auprès du Conseil d’État, dénonçant entre autres le manque de mesures compensatoires pour les habitants et exploitants expropriés.
La CEDPA, quant à elle, sollicite, le cabinet d’étude européen CE Delft, pour une expertise indépendante sur l’analyse économique mettant en balance le projet de nouvel aéroport à Notre Dame des Landes et l’amélioration de l’aéroport existant. Le rapport pointe les nombreuses erreurs de l’étude sur laquelle s’est fondée la déclaration d’utilité publique. Le CEDPA déposera en 2011 un recours auprès du Conseil d’État mettant en doute la pertinence de ce décret.

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Au fil des années, de plus en plus d’acteurs et d’associations interviennent dans l’opposition au projet d’aéroport. La lutte de Notre Dame des Landes s’intensifie, s’envole au-delà des enjeux locaux et réinterroge à la base, notre système économique libéral et sa politique territoriale.
… à suivre dans le prochain article “Notre Dame des Landes, la lutte contre le projet d’aéroport
2/2 – Les années 2010, l’histoire d’un grand projet inutile”

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Pour en savoir plus et pour connaître les événements actuels :
Consultez le site Internet incontournable de la Zone A Défendre

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[1Les Camps Action Climat s’établissent généralement près de centres (ou de projets de centres) industriels dont l’activité est particulièrement nocive pour le climat. Interpellant sur le changement climatique, ils rassemblent associations et individus pour débattre, sensibiliser, dénoncer et expérimenter des alternatives et techniques réduisant la dégradation environnementale.

[2Retrouvez ci-dessous les 2 brochures “Nantes Nécropôle” qui se proposent d’analyser la mécanique de la métropolisation nantaise dont le projet d’aéroport est le plus funeste fleuron.

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nantes nécropole1.pdf
PDF - 4.2 ko
nantes nécropole2.pdf

À propos de cet article

Publié le jeudi 6 février 2014

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Anah
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Chez nos voisins
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Notre Dame des Landes